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Le blog de fonctionnairemalgremoi

Le blog de fonctionnairemalgremoi

Après la sortie du livre"fonctionnaire malgré moi" ce blog est maintenu pour permettre l'expression des fonctionnaires sur l'évolution du service public tel qu'ils le ressentent...


Billet dans RH INFO le 20.09.12

Publié par fonctionnairemalgremoi sur 20 Septembre 2012, 09:10am

Catégories : #Médias

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Stratégie RH > Politique RH
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Fonctionnaire malgré moi
21.09.2012
Jean-Michel Fortin

 

Auteur de Fonctionnaire malgré moi, éditions Baudelaire, 2011
http://fonctionnairemalgremoi.over-blog.com/

 

L'Etat-employeur doit montrer l'exemple d'un mieux-être au travail

La recherche du bonheur parfait selon Confucius doit constituer notre but ultime dans nos sociétés et se traduire dans la croyance en nos organisations publiques afin d'obtenir un équilibre harmonieux.

En transposant cet idéal aux salariés de la fonction publique, cela revient à affirmer qu'ils doivent avoir la foi en leurs gouvernants  comme les salariés du secteur privé envers leurs patrons.

La question du bien-être au travail  prend une place prépondérante dans les indicateurs « vivre mieux » lancés en 2011 par la très sérieuse Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE).

Qu'en est-il pour la fonction publique ?

L'Etat est garant du bien-être de ses concitoyens  mais il ne peut mettre en œuvre ses politiques publiques qu'avec une fonction publique motivée et efficace, et donc heureuse.

Il s'agit donc du lien étroit entre la posture du gouvernant envers ses fonctionnaires qui conditionnera la qualité de vie  de ses citoyens dont il est question ici.

Le constat est plutôt accablant depuis quelques années, le climat social se détériorant au gré des techniques managériales au détriment  de la qualité du service public.

Une fonction publique qui se doit être exemplaire en termes de gouvernance et de justice

La fonction publique représente la plus grosse organisation du travail en France avec ses cinq millions d'agents bénéficiant du même statut professionnel depuis les Lois de décentralisation au début des années 1980. Certes les métiers et les corporations sont différentes, ainsi les agents de l'Etat sont contingentés dans des structures pyramidales du Ministère à Paris aux services déconcentrés dans les  grandes villes ; les agents hospitaliers sont compartimentés dans leurs structures médicales tandis que les agents territoriaux sont éparpillés dans les mille-feuilles communal ou intercommunal. Un point commun tout de même, les fonctionnaires ont tous les mêmes droits et obligations depuis la Loi du 13 Juillet 1983.

Les droits se résument en des libertés syndicales, de formation, d'opinion et de protection tandis que les obligations sont très contraignantes tels que le secret, la discrétion, l'obéissance, la réserve, bref de bons petits soldats qui peuvent se retrouver facilement à la merci de la volonté toute puissante des systèmes décisionnels incarnés soit par un Ministre, un Haut Fonctionnaire, un Directeur d'Etablissement ou un élu local.

En raison du principe de l'Etat unitaire, la décentralisation  ou la spécialisation des pouvoirs publics confiés aux collectivités,  aux établissements locaux ou aux hôpitaux ne sont en réalité qu'une répartition plus ou moins homogène des services publics et leurs fonctionnaires sont donc logés à la même enseigne, c'est-à-dire dépendants d'un système où le pouvoir hiérarchique est dominant. Aussi, lorsqu'un fonctionnaire tente de faire valoir ses droits élémentaires alors qu'ils sont bafoués comme par exemple une atteinte à son intégrité morale ou psychologique, il ne dispose que de très peu de moyens pour se défendre. Il est en effet tout à fait aisé, comme ce fut le cas pour moi dans ma carrière de fonctionnaire territorial, pour un détenteur de la puissance publique (dans mon cas un Maire par exemple) de se servir des moyens légaux (le statut) pour user de totalitarisme, de despotisme et de gestion par la terreur et la menace.

Bien entendu ces situations sont loin d'être majoritaires heureusement dans la fonction publique mais il serait inopportun et même irresponsable de nier l'évidente dégradation managériale démontrée par de récents travaux.

Dans le cadre de ses missions régaliennes L'Etat doit  garantir la sécurité intérieure et la justice : il peut  donc  paraître logique qu'il incarne lui-même, en sa qualité d'employeur, l'exemple à suivre en matière de gestion de son personnel.

Une fonction publique qui a perdu la foi malgré l évolution  de son expertise

Etre fonctionnaire aujourd'hui a-t-il la même signification qu'il y a trente ans, au terme des années glorieuses, au début du choc pétrolier ?

Pour ma part, lorsque je suis entré par la petite porte de la « communale » en 1980 par le biais d'un concours j'ai constaté une forme de prise en charge de ma vocation par le système managérial que l'on qualifierait aujourd'hui de paternalisme. Mes premiers chefs de service (dans une commune de 100 000 habitants) étaient de « la vieille école » et fixaient des objectifs de travail d'exécution sobres mais extrêmement clairs.  Mes préoccupations comme celles de mes collègues étaient alors de bien servir la collectivité selon les principes établis par l'administration en qui nous faisions confiance.

Nos gouvernants étaient en général des personnes chevronnés, issus pour la plupart du terrain et disposant d'une expérience probante et reconnue. La technicité des cadres était alors reconnue et respectée par les élus. L'administration de l'époque fonctionnait comme une entreprise mais toujours avec la spécificité du poids hiérarchique.  En raison de son caractère jugé archaïque, ce système fut  remis en cause progressivement par les nouvelles sciences et méthodes de gestion qui se sont succédé de plus en plus rapidement à l'image de l'évolution technologique et idéologique de la société. Elles avaient pour but, à travers les séances de formation des managers, de susciter des synergies entre les équipes de travail, de développer les compétences des agents et d'optimiser la qualité du service public. Les expérimentations ont eu un effet formateur indéniable chez les agents qui ont vu leurs qualifications augmenter sensiblement et leur degré de spécialisation reconnu grâce à l'émergence de nouveaux métiers dans la fonction publique.

Néanmoins, l'absence d'évaluation et de travail critique de ces nouvelles méthodes ou tout au moins leur décalage avec leur progression les ont rendus moins crédibles aux yeux des agents et des cadres,  le retour sur expériences n'ayant jamais fait l'objet d'études sérieuses à ce jour.

Surtout, en ce qui concerne la fonction publique territoriale, les élus ont entre-temps acquis leurs lettres de noblesse avec les Lois de décentralisation, avec toujours plus de pouvoirs jusqu'à, pour certains d'entre eux, se prétendre gestionnaires impliquant l'intégration d'une dimension politique dans la décision de gestion des personnels.

Une défiance générale des élus mais aussi des usagers parfois s'est manifestée  envers les fonctionnaires et l'arrivée massive de personnels non titulaires, triés sur le volet parfois politique ou provenant de hautes écoles de commerce, est venue rompre progressivement la reconnaissance du mérite par la voie traditionnelle des concours.

L'accumulation des réformes dans les autres fonctions publiques comme la Révision Générale des Politiques Publiques pour l'Etat et le Planning hospitalier ont suivis le même cheminement privilégiant le clientélisme et la gestion financière plus qu'un véritable management des agents.

La suspicion des agents de la fonction publique envers leurs gouvernants s'est donc installée au regard du sentiment du peu d'intérêt apporté par ces derniers à leurs devenirs professionnels, leurs carrières, leurs motivations.

Un éclairage et une recherche d'équilibre des forces deviennent nécessaires

Afin de s'affranchir des doutes et des inquiétudes légitimes des fonctionnaires, il convient de soustraire les entraves et les fardeaux accumulés dans le fonctionnement du service public.

Cela suppose un état des lieux général de la fonction publique, une sorte de diagnostic des systèmes managériaux, des relations et des conditions de travail, de façon rétrospective mais aussi prospective en s'appuyant sur des scénarios prévisibles avec leurs impacts et leurs conséquences.

Les affaires récentes des drames psycho-sociaux dans plusieurs grandes organisations devraient légitimer une telle action d'envergure.

La mise en lumière des rapports de force existants, contraignants, humiliants parfois  caractériserait la voie de l'ambition d'une fonction publique meilleure et donc de nature à susciter l'espoir. Cette démarche doit se dérouler de façon participative en prenant le soin d'associer toutes les parties prenantes, c'est pourquoi, seul le Ministère de la réforme de l'Etat, de la décentralisation et de la fonction publique peut porter un tel type de projet. C'est d'ailleurs le sens du courrier que j'ai reçu de Madame la Ministre, Marylise Lebranchu, en date du 5 Juillet dernier.

La recherche d'une cohésion réelle dans les organisations publiques nécessite un équilibre des pouvoirs. Comme j'ai pu le décrire à plusieurs reprises dans mon livre témoignage, le rapport de force, s'il devait se manifester, est systématiquement en faveur des dirigeants qui disposent de tout l'arsenal juridique. L'agent, le fonctionnaire, ne dispose  alors que d'une seule stratégie : le désintérêt pour la chose publique que représente son employeur du moment. Il s'agit là d'un énorme gaspillage d'énergies individuelles préjudiciable pour les agents concernés par ces situations mais aussi pour le citoyen-contribuable. Le désamour du fonctionnaire provenant d'un mauvais traitement non maitrisé, ni même surveillé, le fait s'éloigner des valeurs pour lesquelles il s'est pourtant engagé.

Les valeurs d'équité, de justice et de solidarité qui doivent animer les agents de la fonction publique ne peuvent être respectées que si lui-même en bénéficie, sinon comment pourrait-il les reproduire ?

C'est pourquoi une réforme du statut actuel de la fonction publique devient nécessaire afin d'instaurer des droits nouveaux de protection des fonctionnaires à l'image du secteur privé comme par exemple l'accès aux conseils prud'homaux, l'assistance d'une inspection du travail.

C'est en recherchant un juste équilibre des rapports de forces que nous pourrons atteindre un peu plus de respect et réduire ainsi les conflits dans le travail.

Ce serait une manière de retrouver certaines valeurs éthiques par une dilution des pouvoirs dans la masse afin de tendre vers plus de compréhension et de tolérances.

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